En tant que langue officielle de l’Union européenne élargie, la connaissance de la langue hongroise peut représenter un réel atout pour la personne qui envisage de travailler au sein de l’UE, peut offrir des débouchés dans le cadre de l’ouverture des échanges avec l’Europe centrale. De plus, elle permet de découvrir également la richesse de la culture et de la littérature hongroise.


Au Dictionnaire des mots français d'origine arabe de l'Académie française, édité par Seuil en 2007, nous trouvons le texte suivant, entre "Horde" et Hoqueton", sous la définition "Hongre, Hongrois":

HONGRE, HONGROIS - OGUR * N. m. et adj. Du latin d'All. hungarus, dérivé du turc ogur (flèche), mot par lequel les Turc, selons H. Walter, désignèrent les Magyars dont ils venaient, lors d'une bataille (XVIème s.), de découvrir à leurs dépens l'arme fatale...Le Robert donne la même étymologie pour hongre (ongre, en 1538), lequel se dit d'un cheval châtré (depuis 1372), l'usage de châtrer les chevaux venant de Hongrie (TLF). Le mot hongre, attesté dans le Dict. de l'Ac depuis 1694, s'est ensuite appliqué à un homme, à partir du début du XVIIème s. Quant au nom du pays, il a donné hongroyer: traiter le cuir à la manière dite "de Hongrie, au gros sel et à 'alun; l'opération, appelé hongroyage, est réalisée par un hongroyeur (1873), technique adoptée en France à partir de 1550. Selon certains auteurs, affirme L. Figuier dans les Merveilles de l'industrie (Jouvet, Furne, 1873, p. 447), ce genre de cuir "aurait été importé du Sénégal, mais plus tard, les Hongrois s'étant acquis une certaine réputation dans cette branche d'industrie, le gros cuir préparé à l'alun prit le nom de "cuir de Hongrie".

1. Les origines de la langue

En représentant une enclave dans la masse des langues indo-européennes, le hongrois (c’est-à-dire) la langue hongroise fait partie de la famille des langues ouraliennes, plus précisément le groupe des langues finno-ougriennes, ainsi que du finnois et de la langue estonienne.

Elle est parlée par 14,5 millions de personnes dans le monde entier, dont les trois quarts habitent en Hongrie. On trouve également des minorités hongroises bénéficiant de droits reconnus par les autorités locales en Roumanie (1,6 million) (notamment en Transylvanie), en Croatie, en Slovaquie (573 mille), en Serbie (341 mille) (Voïvodine), en Autriche (14 mille) (pratiquement dans toutes les communes du Burgenland) ainsi qu'une importante diaspora installée notamment aux États-Unis (447 mille), au Canada (86,8 mille) et en Australie.

1.1. Les langues finno-ougriennes

Les langues ouraliennes se divisent en deux groupes :  finno-ougrienne et  samoyède. Le groupe finno-ougrien contient deux sous-groupes : finno-permien et ougrien. Le groupe finnois est divisé en plusieurs autres groupes, par exemple : langues permiennes, langues finno-volgaïques, langues fenniques (comme le Finnois et l’Estonien), etc.
Le groupe ougrien contient la langue hongroise et les langues ob-ougriennes. Les langues ouraliennes sont parlées en Europe et en Asie, sur une vaste aire géographique qui va de la mer Baltique et du nord de la Scandinavie jusqu'à l'Oural et au Don. Le nombre total de locuteurs de ces langues est estimé à 25 millions de personnes. Toutefois, le nombre de locuteurs varie très fortement selon les langues, allant de 15 millions pour le hongrois jusqu'à quelques locuteurs isolés pour le live. Un certain nombre de langues finno-ougriennes ont disparu au cours du XXe siècle et plusieurs autres sont menacées d'extinction.
La branche des langues samoyèdes a été fortement remise en question ces dernières années étant désormais placée par certains au même niveau de ramification que les autres sous-familles. Le sens du terme « finno-ougrien » s'est élargi et le mot est de plus en plus souvent utilisé pour désigner l'ensemble de la famille, y compris les langues samoyèdes. On notera d'ailleurs que, depuis leur création dans les années 1960, les congrès mondiaux rassemblant tous les cinq ans les spécialistes des langues ouraliennes ont pour nom officiel « Congrès mondial des finno-ougristes ».

1.2. Arbre généalogique des langues ouraliennes
Quelques 15 000 années auparavant, le Nord du continent a été habité par des tribus Paléosibériennes. En conséquence du changement de climat, l’insuffisance des ressources naturelles et à cause d’autres motifs éventuels, ces tribus se sont souvent déplacées. Grâce à ces mouvements migratoires, les tribus – à l’origine unies – se sont séparées en plusieurs branches. Certains groupes ont préféré le climat nordique, d'autres ont préféré migrer plutôt vers le Sud. En simplifiant un peu, c’est ainsi, à travers divers processus de mélange et de dispersion que les principales branches des langues se sont développées. En ce qui concerne les tribus hongroises, elles sont venues de l’Ouest de l’Oural et de la Volga et se sont installées dans le Bassin des Carpates à la fin du 9e siècle en asujettant en quelques années les habitants autochtones du bassin (avars, slaves, francs). Pendant leur migration, les magyars (les Hongrois) se sont mêlés avec d'autres peuples semi-nomades de l’Asie centrale, par exemple avec des khazars (peuple turc), dont l’influence culturelle sur les Hongrois était remarquable.

Source: Csilla VéghLes seules langues ougriennes existantes, et donc les seules langues auxquelles le hongrois se rapproche beaucoup, sont les lointaines langues «ostyaque» et «vogoule» de Sibérie, parlées dans une zone à plus de 3000 km de Hongrie. Alors, le peuplement hongrois avait une origine asiatique, ayant longtemps suivi une vie nomade sur les contreforts orientales de l'Oural. Forcés à émigrer vers l'ouest entre le 5e et le 9e siècles ap. J.-C., ils auraient atteint le Danube où ils s'établirent en 896. Durant le millier d'années qui se sont écoulées depuis, les Hongrois se sont «européanisés», seule leur langue gardant la trace de leurs origines asiatiques.
Certains pensent que les Hongrois ont été liés aux Huns également, un peuple de l’Asie centrale, parlant une langue turque. C’est pour ces raisons qu’il y a un certain mystère autour de l’origine de la langue et que sa source exacte constitue le sujet de nombreuses discussions. En effet, selon certaines théories, la langue hongroise fait plutôt partie des langues turques, donc des langues altaïques. Certes, au cours de son histoire, grâce à l’interaction avec les autres langues, le hongrois a emprunté beaucoup de mots étrangers (slaves, turcs, germaniques, etc.), mais  cela ne remet pas en cause les caractéristiques communes de la syntaxe, de la morphologie et de la phonologie avec les langues ouraliennes. Il est aussi intéressant à noter que le premier texte important écrit dans une langue ouralienne a été écrit en hongrois (Oraison Funèbre et Prière entre 1192 et 1195).

1.3. Carte des langues ouraliennes


Selon la théorie la plus communément admise par les spécialistes, les langues finno-ougriennes (ou ouraliennes) sont issues d'une langue mère commune, le proto-ouralien, qui aurait été parlée il y a au moins six mille ans. L'une des grandes tâches de la linguistique finno-ougrienne a été pendant longtemps de reconstituer cette protolangue et les diverses étapes de son évolution qui ont donné naissance aux langues actuelles. Les finno-ougristes ont également tenté de déterminer, en croisant différentes approches (linguistique, archéologique, paléobotanique, génétique des populations), le territoire où résidaient les locuteurs de cette protolangue. Cette théorie de la protolangue a été contestée depuis la fin des années 1980 par quelques linguistes (Ago Künnap, Kalevi Wiik, János Pusztay), qui ont tenté de la remplacer par l'idée que les langues finno-ougriennes actuelles seraient issues d'une ancienne lingua franca.
Une autre théorie souligne l’idée, que les langues les plus proches sont le khanti et le mansi qui sont parlées en Sibérie. Ceci montre bien l’origine géographique des Hongrois/Magyars: entre les 6e et 8e siècles, ils se sont déplacés de la région de Volga vers l’ouest. Il ne subsiste aujourd'hui que peu de dialectes de la langue hongroise, et ils sont différents surtout au niveau phonétique.

2. L’alphabet et quelques curiosités linguistiques
La langue hongroise est une langue agglutinante, ce qui signifie que des affixes s’ajoutent aux mots de base, exprimant les rapports grammaticaux. Cette caractéristique de la langue peut rendre l’apprentissage difficile pour des étrangers souhaitant étudier le hongrois. Cependant, l’utilisation de l’alphabet latin (mais auquel on a ajouté plusieurs lettres au cours des années) et la prononciation relativement facile par rapport à certaines langues slaves ou germaniques peuvent faciliter la tâche des apprenants. L’alphabet hongrois comprend 43 lettres :

a, á, b, c, cs, d, dz, dzs, e, é, f, g, gy, h, i, í, j, k, l, m, n, ny, o, ó, ö, õ, p, q, r, s, sz, t, ty, u, ú, ü, û, v, w, x, y, z, zs

2.1. Quelques signes diacritiques sont utilisés pour des graphèmes notant des voyelles :

  • le tréma (ö, ü) servant à noter des phonèmes supplémentaires (renvoie à des voyelles courtes) ; Exemples : öröm (joie), köröm (ongle), üres (vide), fürge (agile).
  • l'accent aigu servant à noter les voyelles longues (á, ú, ó, é, í) ; Exemples : állomás (gare), útikönyv (guide), karóra (montre), érzés (sentiment), írás (écriture).
  • le double accent aigu (õ, û) sert à noter les voyelles longues ; Exemples : õz (chevreuil), gyûrû (bague).

2.2. Certaines consonnes sont notées à l'aide de digrammes ou d'un trigramme :

  • les palatales (gy : gyöngy (perle) ;  ty : tyúk (poule) ; ny : nyár (été) ; ly : lyuk (trou) ;
  • des affriquées (dzs : lándzsa (lance) ; dz : madzag (ficelle) ; cs : család (famille) ;
  • les fricatives alvéolaires (sz : szerelem (amour) ; zs : Erzsébet (Elisabeth) ;

2.3. L’harmonie vocalique
De même que le turc et le finnois, le hongrois est caractérisé par le phénomène de l'harmonie vocalique. Les voyelles sont regroupées en deux séries :

  • les voyelles dites claires (voyelles d'avant e, i, ö, ü, é, í, õ, û)
  • les voyelles dites sombres (voyelles d'arrière a, o, u, á, ó, ú).À l'intérieur d'un même mot, ne peuvent apparaître en principe que des voyelles claires, ou au contraire des voyelles sombres. Une subdivision plus précise fait apparaître par ailleurs, au sein des voyelles claires, d'une part un sous-groupe de voyelles neutres (voyelles d'avant non-arrondies e, é, i, í), souvent compatibles avec des voyelles sombres, d'autre part celui des voyelles arrondies (ö, ü, õ, û).

3. Autres particularités
Le hongrois connaît les consonnes doubles dont l'articulation est plus longue (par ex. tt, [t]). À l'écrit, seule la première lettre des digraphes est redoublée pour indiquer la longueur de la consonnes (par ex. ggy : meggy (griotte) ; nny : mennyei (céleste).
Le h est toujours prononcé (h aspiré), sauf en fin de mot: cseh (tchèque), juh (mouton), ou en fin de syllabe, lorsqu'à un tel mot on ajoute un suffixe ou un autre mot commençant par une consonne: a csehvel (avec le Tchèque), juhakol (enclos pour moutons).

4. Connaître/Apprendre le hongrois
Pour l’apprentissage individuel, nous proposons quelques liens qui pourront être utiles à ceux qui se lancent dans l’aventure de l’apprentissage du hongrois:

http://www.slavika.com
http://www.lexicool.com

http://www.lexilogos.com
http://www4.fnac.com
http://www.magyarultanulok.com

Bibliographie :

Bárczi G.–Benkõ L.–Berrár J. 2002. A magyar nyelv története. Budapest: Nemzeti Tankönyvkiadó
Kati Cavalieros-Koncz 2000. Parlons hongrois. Paris: L’Harmattan
A. Jászó Anna (réd.) 1994. A magyar nyelv könyve. Budapest: Trezor
Dávid Szabó 2004. L’argot des étudiants budapestois. Paris: L’Harmattan
Source images : Csilla Végh (http://www.nouvelleeurope.eu/)

Rédaction : Dr Ildikó Rádi